LE PLAN DE PAIX POUR GAZA : ANALYSE DES DÉVELOPPEMENTS RÉCENTS JUSQU’AU 28 OCTOBRE 2025
- Aldonza MUÑOZ
- 13 nov. 2025
- 7 min de lecture
En octobre, les discussions autour du plan de paix pour Gaza, annoncé par Donald Trump, ont dominé l’actualité internationale. Face à des informations nombreuses et parfois contradictoires, cet article a pour objectif de dresser un bilan clair et structuré des avancées réalisées.
COMPRENDRE LE PLAN DE PAIX POUR GAZA
Le plan a été présenté le 29 septembre 2025 à Washington par le président américain Donald Trump, en présence du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Il contient un programme d’action en vingt points, destiné à mettre fin au conflit armé entre Israël et le Hamas.
LES ORIGINES DU CONFLIT
Le conflit israélo-palestinien dure depuis 1948. Depuis la fin des années 1980, un affrontement plus spécifique oppose Israël et le Hamas, principalement dans la bande de Gaza.
Hamas est l’acronyme de Harakat al-Muqawama al-Islamiya, « Mouvement de résistance islamique ». Le groupe est fondé en 1987, au début de la Première Intifada, un soulèvement populaire palestinien contre l’occupation israélienne à Gaza et en Cisjordanie. Il est créé pour promouvoir un programme islamiste et développe des actions sociales grâce à un réseau d’institutions religieuses, éducatives et caritatives dans les territoires occupés. Il dispose également d’une branche armée, les Brigades Izz al-Din al-Qassam, chargée d’organiser la résistance contre Israël.
Dans les années 1990 et 2000, le mouvement mène des attaques-suicides et des tirs de roquettes contre Israël, renforçant son orientation militaire au détriment de ses actions sociales. À la suite de ces actions, l’ensemble du groupe est qualifié d’organisation terroriste : en 1997 par les États-Unis, puis en 2003 par l’Union européenne.
Le conflit entre Israël et le Hamas connaît des périodes d’escalades militaires importantes. La plus récente débute le 7 octobre 2023 lorsque le Hamas lance une attaque massive contre Israël, entraînant une riposte militaire de grande ampleur dans la bande de Gaza. La nécessité d’un plan de paix s’intensifie face à l’enlisement du conflit et aux conséquences humanitaires désastreuses.
LE CONTENU DU PLAN DE PAIX POUR GAZA
Ce plan reprend les grandes étapes d’un processus classique de résolution de conflit. Il prévoit d’abord le rétablissement de la paix par un rapprochement entre Israël et le Hamas. Cela inclut la suspension des hostilités, le retrait de l’armée israélienne et la libération des otages israéliens ainsi que des prisonniers palestiniens.
Il envisage ensuite le maintien de la paix, avec la démilitarisation du Hamas, l’acheminement de l’aide humanitaire et le déploiement d’une Force Internationale de Stabilisation temporaire chargée de sécuriser la région et d’empêcher la reprise des combats.
Enfin, la consolidation de la paix passerait par la mise en place d’un gouvernement de transition composé de Palestiniens et d’experts internationaux, excluant toute participation du Hamas, sous la supervision d’un organe international dirigé, entre autres, par Donald Trump.
L’accord aborde également les questions au coeur du conflit : il prévoit qu’Israël ne pourra ni occuper ni annexer la bande de Gaza, et laisse ouverte la possibilité de créer un État palestinien dans l’hypothèse d’un retour durable à la paix.
LA MISE EN OEU DU PLAN DE PAIX
Le déroulé de la phase 1 : trois objectifs à la mise en œuvre fragile
La fin des hostilités par un cessez-le-feu et la retraite des forces armées israéliennes
Le 3 octobre, le Hamas a accepté la mise en place de la première partie du plan. En réaction, Donald Trump a demandé à Israël de suspendre les bombardements afin de permettre l’officialisation de l’accord. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu n’a donné son accord que deux jours plus tard, le 5 octobre. Durant cet intervalle, des frappes israéliennes ont touché la bande de Gaza, faisant plusieurs dizaines de morts selon des sources locales, un épisode vivement critiqué par une partie de l’opinion internationale.
Ce cessez-le-feu provisoire a permis la signature de la première phase du plan de paix en Égypte le 9 octobre. Le lendemain, le 10 octobre, l’armée israélienne s’est retirée jusqu’à une ligne convenue entre les parties, et le gouvernement a officialisé le cessez-le-feu.
La trêve reste toutefois fragile, chaque partie pointant les violations de l’autre. Le 19 octobre a été particulièrement critique : Israël a accusé le Hamas d’avoir tué deux de ses soldats, accusation rejetée par le groupe. S’en sont suivies des frappes aériennes dans la bande de Gaza, faisant au moins 45 morts selon des sources locales. Israël a ensuite réaffirmé le cessez-le-feu à la fin de la journée, déclarant que ses frappes avaient été effectuées en réponse à la violation du Hamas, sans mettre fin à l’accord lui-même. Une situation similaire s’est reproduite le 28 octobre. Israël a accusé le Hamas, qui a nié ces allégations, d’avoir tué un soldat et d’avoir violé l’accord concernant le retour des corps des otages (v. infra). Des frappes aériennes ont été lancées, faisant environ une centaine de morts. Le lendemain, Israël a annoncé qu’il reprenait le cessez-le-feu. Selon Donald Trump, cet épisode ne compromet pas la trêve : « Ils [le Hamas] ont tué un soldat israélien. Donc les Israéliens ripostent. Et ils devraient riposter. ».
L’acheminement de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza
L’acheminement de l’aide humanitaire est difficile en raison des obstacles liés à la mise en œuvre du cessez-le-feu. Selon le plan de paix de Donald Trump, l’aide doit être acheminée « sans ingérence des deux parties, par l’intermédiaire des Nations Unies et de ses agences, et du Croissant-Rouge, ainsi que d’autres institutions internationales ». Consciente de son rôle, dès l’annonce des pourparlers, l’ONU s’est déclarée prête à « inonder d’aide l’enclave ravagée par la guerre ». L’accord du 9 octobre précise que cette aide doit, au minimum, respecter les dispositions de l’accord du 19 janvier 2025 relatif à l’aide humanitaire, ce qui correspond à l’entrée quotidienne de 600 camions dans la bande de Gaza.
Néanmoins, le 14 octobre, face au retard dans la restitution des dépouilles israéliennes, l’État hébreu a annoncé une réduction de moitié de l’aide promise. De plus, seuls deux points de passage situés dans le sud ont été ouverts, et la destruction des infrastructures empêche les convois de rejoindre le nord de Gaza. Finalement, au 21 octobre, les données de l’ONU montrent que seuls 94 camions parviennent quotidiennement dans l’enclave, un chiffre bien inférieur aux 600 camions prévus.
L’avis de la CIJ, rendu le 22 octobre, porte sur les « obligations d’Israël concernant la présence et les activités des Nations Unies, d’autres organisations internationales et d’États tiers dans le Territoire palestinien occupé et en lien avec celui-ci ». La procédure avait été engagée en décembre 2024, mais sa publication permet d’éclairer les enjeux actuels. Sur la base de l’article 59 de la quatrième convention de Genève, la Cour précise qu’Israël, en tant que Puissance occupante, doit « accepter et faciliter les actions de secours si la population locale est insuffisamment approvisionnée. ». Elle établit ensuite que ce cas est effectivement avéré, citant notamment un rapport de l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) en date du 22 août 2025 qui déclare officiellement l’état de famine dans le gouvernorat de Gaza. L’avis de la Cour, non contraignant, a été rejeté par Israël.
l’échange des otages israéliens, vivants et décédés, ainsi que des prisonniers palestiniens
Dans son plan de paix, Donald Trump prévoyait que Israël devrait libérer « 250 prisonniers condamnés à perpétuité ainsi que 1 700 Gazaouis détenus depuis le 7 octobre » et restituer « les dépouilles de 15 Gazaouis décédés » pour chaque otage israélien dont le corps aurait été rendu. De son côté, lors de la signature de l’accord du 9 octobre, le Hamas s’est engagé à libérer 20 otages et à restituer 28 dépouilles.
L’échange a eu lieu le 13 octobre et a rapidement suscité de nouvelles contestations. D’une part, les prisonniers palestiniens détenus par Israël ainsi que les dépouilles livrées par l’État hébreu présentaient des signes de torture et d’exécution sommaire. D’autre part, si le Hamas a remis les 20 otages israéliens, il n’a restitué que 15 dépouilles, invoquant notamment des difficultés pour retrouver les corps. Le 27 octobre, le gouvernement israélien a annoncé que la Croix-Rouge, un représentant du Hamas et une équipe égyptienne étaient actuellement mobilisés pour rechercher ces dépouilles. De nombreux proches des otages israéliens s’opposent à la poursuite du plan de trêve tant que toutes les dépouilles n'ont pas été restituées.
Le déroulé de la phase 2 : des négociations en cours
La démilitarisation du Hamas
Le plan de paix prévoit une démilitarisation du Hamas, assortie d’une amnistie pour les membres qui déposeraient les armes. Le 26 octobre, par la voix de son négociateur en chef, le Hamas a déclaré : « Nos armes sont liées à l’occupation (israélienne). Si l’occupation prend fin, ces armes reviendront à l’État. ». Cependant, le 11 septembre, lors d’une visite dans une colonie israélienne en Cisjordanie, Benyamin Netanyahu avait affirmé « Il n’y aura pas d’État palestinien ; cet endroit nous appartient. ». Dans ces conditions, les deux parties semblent loin de s’entendre, et la réalisation de cet objectif paraît compromise.
Le déploiement d’une Force Internationale de Stabilisation temporaire
Le but de cette Force, selon le plan de paix, devrait être de former et soutenir les forces de police palestiniennes et d’assurer la sécurité des zones frontalières avec Israël et l’Égypte. Les négociations portent sur la composition des troupes envoyées, prévues pour être majoritairement issues de pays arabes et musulmans. Alors que l’Indonésie s’est déjà portée candidate, la Jordanie a refusé, se déclarant trop proche politiquement du conflit. Selon Benyamin Netanyahu, propos en date du 26 octobre, Israël conservera un droit de veto. Le lendemain, le ministre israélien des Affaires étrangères a précisé que seuls les États « impartiaux » envers Israël pourraient participer. Il a ainsi exclu la Turquie, celle-ci ayant « adopté une approche hostile envers Israël [par] des déclarations hostiles, mais aussi des mesures diplomatiques et économiques contre Israël. ».
Un gouvernement transitoire temporaire sous la supervision et le contrôle d’un nouvel organe international de transition
Le plan de paix prévoit que la gouvernance de Gaza ne sera plus assurée par le Hamas mais confiée à un comité palestinien technocratique et apolitique. Dans une interview accordée à Reuters le 17 octobre, Mohammed Nazzal, un haut responsable du Hamas, a déclaré que le groupe soutenait l’idée d’un tel comité et n’était pas opposé à une supervision internationale. Il a néanmoins souligné que, même si l'administration était technocratique, le Hamas resterait actif sur le terrain, sa présence étant nécessaire pour protéger les convois d’aide humanitaire et la population gazaouie contre les vols et les gangs. Il a ajouté que le groupe souhaitait organiser des élections générales une fois la phase de transition terminée, sans préciser s’il y participait. Ainsi, le Hamas ne paraît pas disposé à renoncer à son influence sur la gouvernance de Gaza, rendant l’application du plan de paix incertaine.
La paix ne peut être durable tant que les parties ne s’accordent pas sur les causes mêmes du conflit. La question centrale demeure celle de la création d’un État palestinien et de la fin de l’occupation israélienne ; condition sine qua non pour le Hamas, mais inacceptable pour Israël. À cet égard, le plan de paix prévoit l’interdiction pour Israël d’occuper ou d’annexer la bande de Gaza et laisse entrevoir la possibilité d’un État palestinien. Toutefois, Israël a affirmé, immédiatement après la signature, rejeter le principe même d’un tel État. Le conflit entre le Hamas et Israël, et, plus largement, le conflit israélo-palestinien, semble encore très loin d’être résolu.
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