CSNU : Septembre - Octobre 2025
- Zouhra JADWA
- 13 nov. 2025
- 5 min de lecture
I/ DÉBAT SUR L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Depuis 2023–2024, l’intelligence artificielle est devenue un enjeu mondial de sécurité. Pour cela, le 24 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a tenu un débat public de haut niveau consacré à l’intelligence artificielle (IA), dans le cadre du point de l’ordre du jour intitulé « Maintien de la paix et de la sécurité internationales » (réunion S/PV.10005). Ce débat, qui s’est poursuivi les 25 et 26 septembre (séances de reprise I et II), visait à examiner les implications de l’IA pour la paix, la sécurité et la gouvernance mondiale. Il s’agissait de l’événement phare de la présidence sud-coréenne du Conseil de sécurité pour le mois de septembre 2025.Plusieurs intervenants de haut niveau ont pris la parole, notamment M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU, qui a rappelé à quel point l’intelligence artificielle, si elle est mal encadrée, pourrait accroître les risques pour la sécurité mondiale, en particulier par son utilisation dans les conflits armés, la désinformation, ou encore la cybersécurité. Il a également insisté sur la nécessité d’un cadre international de gouvernance de l’IA, soulignant le rôle que l’ONU pourrait jouer dans sa mise en œuvre.
Plusieurs délégations ont proposé la création d’un organe consultatif permanent sur l’IA au sein des Nations Unies, tandis que d’autres ont insisté sur la nécessité de préserver la souveraineté technologique et d’éviter une réglementation discriminatoire au détriment des pays en développement. La présidence sud-coréenne a souligné, pour conclure, l’importance d’un dialogue continu et inclusif entre les États, le secteur privé, le milieu académique et la société civile, afin que l’intelligence artificielle reste un outil au service de l’humanité et non une menace pour la sécurité mondiale.
II/ HAÏTI - CRÉATION DE LA « GANG SUPRESSION FORCE »
Dans un contexte d’effondrement généralisé de l’ordre public en Haïti, où les gangs armés contrôlent plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, le pays fait face à une violence endémique ayant provoqué des milliers de morts et de déplacés. Parallèlement, l’État haïtien traverse une crise institutionnelle profonde depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, marquée par l’absence de légitimité politique et l’effondrement des institutions régaliennes.
Dans ce contexte, le 30 septembre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2793 (2025), marquant une évolution majeure dans la réponse internationale à la crise sécuritaire en Haïti. Par ce texte, le Conseil autorise les États Membres de l’ONU à transformer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Multinational Security Support – MSS) en une nouvelle force dénommée “Gang Suppression Force” (GSF) — littéralement Force de répression des gangs. Cette transition vise à renforcer les capacités opérationnelles de la mission internationale déjà déployée sur le terrain, en lui donnant un mandat plus clair et plus robuste pour lutter directement contre les groupes armés et les gangs criminels qui contrôlent une grande partie du territoire haïtien, notamment la capitale Port-au-Prince.
III/ 25° ANNIVERSAIRE DE LA RÉSOLUTION 1325 - FEMMES, PAIX ET SÉCURITÉ
Le mois d’octobre 2025 marque le 25ᵉ anniversaire de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité des Nations Unies, texte fondateur de l’agenda « Femmes, paix et sécurité » (Women, Peace and Security – WPS).
Adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000, la résolution 1325 reconnaît pour la première fois le rôle essentiel des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, la construction de la paix et la reconstruction post-conflit. Elle appelle les États membres et les organisations internationales à assurer la participation pleine, égale et effective des femmes à tous les niveaux de prise de décision en matière de paix et de sécurité, ainsi qu’à protéger les femmes et les filles contre les violences sexuelles et sexistes dans les situations de conflit.
À l’occasion de ce 25ᵉ anniversaire, le Conseil de sécurité a tenu, comme chaque année, un débat public de haut niveau consacré à la mise en œuvre de cet agenda.Ce débat revêtait toutefois une importance particulière en 2025, car il visait à faire le bilan des progrès accomplis depuis 2000 ; à identifier les défis persistants, notamment la sous-représentation des femmes dans les processus de paix ; et à examiner les moyens de renforcer l’intégration de la dimension de genre dans les opérations de maintien de la paix et dans les politiques nationales de sécurité. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé que malgré les avancées normatives, les femmes restent marginalisées dans la plupart des négociations de paix et continuent d’être disproportionnellement touchées par les violences sexuelles dans les zones de conflit. Il a appelé à une mise en œuvre effective et financée des engagements pris dans le cadre de la résolution 1325 et de ses textes complémentaires.
IV/ ADOPTION DE LA RÉSOLUTION 2797 (2025) SUR LA QUESTION DU SAHARA OCCIDENTAL
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une nouvelle résolution, communément référencée par plusieurs sources comme la résolution 2797 (2025), consacrée à la situation au Sahara occidental. Ce texte marque la reconduction annuelle du mandat de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), tout en réaffirmant l’engagement du Conseil en faveur d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable au différend qui oppose le Maroc et le Front Polisario, avec l’implication de l’Algérie et de la Mauritanie en tant que pays voisins.
Cette résolution se distingue par un langage diplomatique plus affirmé en faveur de la proposition d’autonomie présentée par le Maroc en 2007, qualifiée de « sérieuse, crédible et réaliste ». Pour de nombreux observateurs, cette formulation traduit une évolution notable de la position du Conseil, qui tend à considérer le plan d’autonomie comme une base privilégiée pour parvenir à un règlement politique.
Le texte a été adopté par 11 voix pour, aucune contre et 3 abstentions — celles de la Chine, du Pakistan et de la Russie —, reflétant les divergences persistantes au sein du Conseil sur la manière d’aborder la question. Les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont soutenu la résolution, saluant un équilibre entre réalisme politique et respect du cadre onusien.
En revanche, certains membres, ainsi que le Front Polisario, ont exprimé leur déception, estimant que la référence à l’autonomie marocaine marginalise la voie du référendum d’autodétermination initialement prévue par les Nations Unies.
Toutefois, la résolution ne ferme pas la porte à d’autres options, rappelant que la solution finale doit garantir l’autodétermination du peuple du Sahara occidental, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies.
Commentaires